Dr Doumbia Major, se prononce sur le parti unifié et le destin de l’ivoirite.

La naissance du RHDP consacrera officiellement la fin de l’idéologie de l’ivoirité qui avait été utilisée politiquement en surfant sur l’extranéité supposée de Ouattara par Bedie pour l’exclure du jeu politique. Ce discours identitaire qui appelait aux choix de la préférence nationale contre celui qui était présenté comme » n’étant pas l’un des nôtres, a ravivé, légitimé et normalisé un certain discours nationaliste identaire, un discours d’exclusion ethnique, raciste et xénophobe dans notre pays. Ce renoncement officiel à l’ivoirité par le PDCI-RDA et principalement par Bedie, scelle la réconciliation au sein de l’organisation politique de feu Felix Houphouet Boigny. C’est une unité qui se fait autour du nom d’Houphouet, mais pour quel projet politique et autour de quelle idéologie politique ?
Est-ce pour mettre en oeuvre la politique de la grillade d’arachides, qui autorisait les dirigeants politiques à s’enrichir en volant une partie de l’argent public avec le dicton selon lequel « on ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille les arachides » ? Est-ce pour reproduire la politique socialiste et sociale d’Houphouet qui avait mis en place des sociétés d’États et qui avait construit de vrais logements sociaux sans demander d’apport initial ou de frais de dossiers ? Rien n’est moins sûr au regard de ce qu’on voit avec la politique de libéralisation sauvage au profit des gens d’un clan fermé.

L’ivoirité est peut-être mort, mais le discours identitaire dont il a fait le culte n’est pas mort, comme une hydre mouvante, il s’est retrouvé dans d’autres camps politiques qui en ont fait le noyau central de leur discours politique et qui s’en servent pour entretenir la haine et la division dans le pays.
Au niveau des discours politiques nous sommes retournés comme nous étions en 1990 et peut-être même avant où il y avait d’un côté le parti unique et de l’autre côté une opposition programmatique qui combattait ce parti unique et son projet antidémocratique, ainsi que ses dérives sur le plan de la gestion des affaires publiques. À côté de ces deux principaux antagonismes, on avait des partis haineux, xénophobes et haineux qu’etait le parti nationaliste de Pépé Paul et le parti dit républicain d’un certain Gbai Tagro.
En reprenant le contenu du discours de ces partis identitaires dans le concept d’ivoirite, Bedie avait réussi à faire disparaître ces partis identitaires et d’altérité tribale, en raclant leurs militants sans prendre leurs leaders.
Quand Bedie a été neutralisé en 1999 par le coup d’État que Gbagbo a qualifié de salutaire et que Ouattara a présenté comme une révolution des oeillets et qu’il s’est retrouvé en exil, ces mêmes identitaires et haineux se sont retrouvés au sein des partis qui ont repris le discours d’ivoirité et qui ont commencé à prôner un discours identitaire.

Aujourd’hui que le PDCI à travers la signature d’un accord portant création d’un parti unifié, renonce officieusement au discours identitaire. La question qu’on est en droit de se poser est celle de savoir quel sera le sort des identitaires qui se retrouvent en son sein et qui s’attendaient à la rupture du RHDP pour prendre leur revanche au sein du PDCI nouveau, qui résulterait de la division du RHDP ? Vont-ils se regrouper au sein d’une faction dissidente, autour d’un nouveau chantre de l’ivoirite qui cherchera à rassembler les adeptes de ce discours qui se sont dispersés au sein de plusieurs partis y compris au sein des partis dit de gauche et qui se retrouvent aujourd’hui sans véritable leader ? Ou vont-ils simplement faire défection pour rejoindre la mouvance haineuse de la scène politique nationale ?

Il faut peut-être mentionner que cette hydre haineuse et nomade se retrouve aujourd’hui loin du pouvoir d’État et elle se manifeste aussi au sein d’une certaine frange du FPI qui s’est divisé en deux, avec une frange programmatique qui veut continuer le combat politique et social et une frange sectaire et
structurée autour de l’attachement messianique à un gourou. C’est au sein de cette dernière frange que se retrouvent majoritairement les identitaires et les haineux qui rêvent de reconquérir le pouvoir d’État pour s’en servir pour mettre en oeuvre leurs idées et leur projet d’extrême droite.

Docteur Doumbia Major

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