Côte d’Ivoire, Interview exclusive: Ousmane Fofana, « Soro n’a jamais été quelqu’un de sincère ; son pardon est une manœuvre et un reniement honteux »

fofana_oAlors que le débat sur la question de l’alternance en 2020 fait rage dans le pays, des voix continuent de se lever pour dénoncer les ambitions personnelles de certains acteurs politiques.

C’est le cas de, Ousmane Fofana ex porte-parole France de la rébellion qui dans un entretien accordé via KOACI.COM révèle que les Forces Nouvelles étaient un regroupement circonstanciel et n’avaient pour but de placer l’un de ses membres au pouvoir.

Ce dernier en veut à Guillaume Soro dans sa volonté de briguer à la magistrature suprême du pays .

Ci-dessous l’intégralité de l’interview…

Présentez-vous aux lecteurs …

Ousmane Fofana : Je suis Ousmane Fofana je suis l’ex-Porte-parole élu des forces nouvelles pour la France et l’Europe. J’ai été secrétaire à l’information de cette organisation politique en France, avant d’occuper cette fonction de porte-porte à la suite d’un congrès organisé à l’AJEKA.

Quelles sont aujourd’hui vos relations avec les ex membres des Forces Nouvelles ?

OF : Après mon élection et quelques moments de gestion des activités, après l’accession de Ouattara au pouvoir en 2010, nous avons décidé de geler les activités des forces nouvelles en France et en Europe, afin que chacun rejoigne son parti ou association d’origine.
En effet les forces nouvelles n’avaient pas vocation à devenir un parti politique, c’était une association circonstancielle mise en place pour lutter contre ce que nous considérions comme un péril qui guettait notre pays , à savoir la dérive nationaliste et xénophobe , avec les discours de haine et d’ostracisme qui tendaient à se normaliser avec l’avènement au pouvoir du régime Gbagbo qui avait repris le discours ivoiritaire du PDCI, sinon de Bédié.
Notre objectif ponctuel était donc de faire en sorte qu’un pareil régime extrémiste ne s’enkyste pas dans notre pays pour normaliser l’exclusion et la hiérarchisation des citoyens de notre pays que l’on avait commencé à catégoriser en vrais ivoiriens et faux ivoiriens, ivoiriens de souche et ivoiriens de circonstance. Les Forces Nouvelles, c’était pour endiguer un danger qui montait chaque jour en puissance, c’était le risque de codification du discours haineux que faisaient circuler Gbagbo et ses partisans. Souvenez-vous qu’ils avaient même commencé à nier la citoyenneté ivoirienne à de nombreux concitoyens, sur la base de leur patronyme et en leur demandant d’aller faire leur document d’identité dans leur village. Souvenez-vous que le régime de Gbagbo qui était un régime violent et ségrégationniste est allé jusqu’à comparer certains de nos compatriotes à des insectes infectes et auxquels il fallait retirer la citoyenneté en disant qu’il fallait « désinfecter les listes électorales  » de ses sous-ivoiriens (l’expression est celle des gens de ce régime dit de refondation). Plus de 2000 personnes ont été radiées de la liste électorale dans la seule circonscription de Divo. Cela a donné lieu à des manifestations qui ont été réprimées dans le sang. Après ce combat d’endiguement de la haine que nous avons mené, en nous retrouvant au sein des forces nouvelles, avec le soutien de certains partis politiques, nous nous sommes dispersés et chacun s’occupe désormais de sa vie professionnelle. Ceux qui ont voulu continuer la politique sont allés rejoindre des formations politiques de leur choix. Avec ces anciens compagnons, nous avons gardé des rapports cordiaux, comme des anciens compagnons d’aventure.

Dans votre dernière sortie et parlant de Guillaume Soro vous écrivez « Attention ! Tout est faux chez cet homme », expliquez-vous …

OF : Déjà il faut rappeler que les forces nouvelles qui ont été un regroupement circonstanciel, n’ont pas été constituées pour mettre au pouvoir l’un de ses membres, mais pour mener un combat ponctuel contre ce que nous considérions comme un risque majeur pour l’unité de notre nation et un risque pour la poursuite paisible de la vie ensemble. C’est d’ailleurs ces ambitions personnelles de conquête de pouvoir que Soro reprochait à IB ; et c’est de cela qu’il s’est servi pour dresser les chefs de guerre contre ce dernier, au point de créer une crise qui s’est achevée par l’exécution de celui-ci. Soro ne peut pas reprocher quelque chose à l’un de ses compagnons et vouloir lui-même se comporter comme celui qu’il a fait tuer pour le même motif ! Et la cohérence, qu’est ce qu’il en fait ?
D’autre part, il faut savoir que chacun est venu dans notre combat avec ses défauts et ses qualités, et dans le feu de l’action, il ne s’agissait pas de faire un tri de la qualité de l’eau dont on allait se servir pour éteindre un feu qui menaçait d’embraser toute la nation. Au cours de ce combat nous avons eu l’occasion de voir des dimensions cachés de la personnalité des uns et des autres, à travers les jeux d’intrigues et de pouvoir, mais aussi à travers les comportements des uns et des autres vis-à-vis des crimes de sang pour le pouvoir, vis-à-vis de l’enrichissement illicite et aussi vis-à-vis du vol de deniers publics pour s’enrichir. Soro ne s’est pas montré exemplaire en la matière, et mieux il a fait organiser le pillage systématique de la zone du pays qui était sous le contrôle des forces nouvelles. Il s’y est adonné à des exécutions extrajudiciaires et à un certain nombre de comportements qui le rendent indigne de diriger notre pays à nos yeux. Que fera-t-il de mieux que ce qu’il a fait du Nord du pays qui était sous son contrôle ? Je ne crois pas que ce soit le souhait des ivoiriens de voir Soro mettre en œuvre sur toute l’étendue de la Cote d’Ivoire, ce qui a été la gestion qu’il a faite du Nord et dont nombreux de nos parents souffrent encore.

Vous ne croyez pas à la sincérité de Soro quand il envisage d’aller demander pardon à Gbagbo ?

OF : Soro n’a jamais été quelqu’un de sincère, c’est une manœuvre et lui-même ne croit pas en ce qu’il dit. Ce n’est pas Gbagbo non plus qui croira à ses sornettes, mais Soro le fait juste pour des objectifs électoralistes et pour l’éjection de Ouattara du pouvoir. Il veut se démarquer de Ouattara en dressant les militants du FPI contre ce dernier qu’il veut tout simplement présenter comme l’obstacle à la réconciliation. Concomitamment il se présente lui-même comme celui qui veut réconcilier les ivoiriens, mais ce n’est qu’une manœuvre politique. Dans le même temps, il dresse la base du RDR contre Ouattara qu’il présente comme un ingrat et il incite insidieusement les soldats à se révolter contre le régime de celui-ci, en fournissant les armes à certains, comme on l’a découvert récemment avec l’histoire des caches d’armes. Je crois que nous avons affaire à un Brutus tropical qui veut donner le « coup de poignard de la trahison » à celui qu’il présente dans ses discours publics comme son père.Cette façon d’opérer me rappelle le cas du Sergent Ibrahim Coulibaly qu’il appelait « excellence », pour ensuite lui donner le coup de poignard fatal, au moment où il s’y attendait le moins. Nous ne croyons pas en la sincérité de ce monsieur, personne en Côte d’ivoire d’ailleurs n’y croit, car il a suffisamment montré qu’il est un fourbe et quelqu’un de perfide. Ce n’est pas Banny qu’il a trahi lors des accords de Ouaga qui croira en lui, encore moins les proches d’IB qu’il a appelé excellence pour l’endormir pour ensuite l’assassiner, Ni les pro-Gbagbo qui l’ont entendu se réjouir d’ailleurs de l’assassinat de Désiré Tagro ! Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Michel Gbagbo a dit que « Soro porte en lui une culture de crimes de sang et qu’il est prêt à tout pour le pouvoir » ! Quand même vos adversaires dont vous voulez vous servir ont une telle image de vous, c’est que vous êtes démasqué. Sa manœuvre a donc été un flop en matière de communication, mais ça eut cependant le mérite de montrer aux yeux du monde le côté vil de ce frère qui est malheureusement prêt à vendre père et mère et même à se renier juste pour le pouvoir ! C’est un signe de mégalomanie, ce qui suggère que nous avons affaire à quelqu’un qui souffre d’un trouble de la personnalité, pour ne pas parler de psychose. Nous avons affaire à quelqu’un qui a un désir schizophrénique du pouvoir et qui n’hésite pas à tuer, et s’il le faut, à s’humilier et à ramper devant des gens qu’il a combattu hier en les présentant par le passé comme source de division pour notre peuple.
Le projet de pardon de Soro à Gbagbo est un acte de reniement honteux qui expose la profondeur de la bassesse, l’inconstance et la vacuité du personnage qui montre ainsi qu’il est un homme sans principes ni convictions. Et cela est déplorable.
Nous ne pouvons pas croire en la sincérité de quelqu’un qui s’adonne à un double jeu à l’intérieur du régime auquel lui-même appartient.L’illustration en est que le gouvernement a mis en place des structures pour piloter la réconciliation que sont la CONARIV et il y a même la ministre Mariétou des affaires sociales qui est à la manœuvre pour le retour des exilés. Comment ce fait-il que la troisième personnalité du régime qu’il est puisse court-circuiter les actions du gouvernement pour se lancer dans des actions solitaires dont tout le mo de sait qu’il ne veut qu’en tirer qu’un bénéfice politique personnel. L’objectif qu’il vise ce n’est pas de réussir la réconciliation, mais de présenter Ouattara comme l’obstacle à la réconciliation.
C’est une volonté manifeste de manipuler la conception culturelle du pardon qu’ont les africains que nous sommes et une façon de jouer avec la réconciliation elle-même. Je trouve la démarche fausse et dangereuse.

Vous contestez le fait que certains désignent Soro comme votre leader générationnel, pourquoi ?

OF : C’est facile de s’autoproclamer leader générationnel, mais en quoi est-il un modèle pour notre génération ? Quel père ou mère de famille souhaiterait que son enfant lui ressemble ? C’est facile de se fabriquer des étiquettes, mais le contenu doit mériter le contenant qu’on lui attribue. Notre génération regorge de gens trop brillants pour que Soro puisse en être le leader. C’est là encore une auto-proclamation qui montre le caractère démesurément narcissique et mégalomaniaque du personnage.

Pensez-vous que la Réconciliation est possible dans ce pays en dehors de Gbagbo et Blé Goudé ?

OF : Nous autres pouvons-nous réconcilier avec Gbagbo et Blé Goudé, puisqu’on n’a pas gardé de rancune contre eux. C’est leur discours qu’on a combattu et s’ils s’engagent à renoncer à ce discours de haine et de division, pourquoi nous ne nous réconcilierons pas avec eux ? Mais s’ils ne renoncent pas à ce discours, il sera de quel intérêt de se réconcilier avec eux ? Dans ce cas nous les combattrons jusqu’à faire reculer leur discours que nous désapprouvons et qui ne peut que produire la guerre dans notre pays. Au demeurant la réconciliation c’est d’abord entre les citoyens. On peut demander pardon au peuple pour ceux qui ont subi les effets collatéraux négatifs du combat que nous avons mené pour endiguer le discours de haine et la catégorisation des citoyens de notre pays. C’était un combat indispensable, car l’adversaire tenait à imposer son idéologie de haine y compris par la force militaire. Nous demandons donc pardon pour ceux qui en ont souffert, mais nous ne demanderons pas pardon à Gbagbo et à Blé Goudé ! ce serait comme si on demandait à la France d’aller demander pardon à Hitler et aux idéologues du nazisme. La France et les alliés d’alors peuvent demander pardon au peuple Allemand pour les dégâts humains et matériels causés lors de l’extraction de leur pays de la source de haine nazi dangereuse pour toute l’humanité. Mais de là à aller demander pardon à Hitler et aux Nazis, cela serait un reniement honteux et incompréhensible par son caractère incohérent.
Pour moi la réconciliation doit être inclusive et Il n’y aura pas une véritable réconciliation, ni d’entente effective, tant que les faits et les crimes commis par certains (des deux côtés des belligérants) n’auront pas été reconnus par leurs auteurs et la justice rendue aux victimes.
Pour nous la réconciliation ne consiste pas au reniement de soi pour des motifs électoralistes ; ce qui ne fera que conforter certains dans des postures victimaires. Elle ne doit non plus pas se faire de manière solitaire avec un agenda politique caché comme le fait Soro qui, en réalité, veut se servir de l’idée de réconciliation pour s’attirer un électorat, celui du FPI. C’est malsain. La réconciliation est un processus inclusif qui doit commencer en notre propre sein avant d’aller vers les autres.

Des années après vous en voulez toujours à Henri Konan Bédié, Gbagbo, Ble Goudé…

OF : Ces messieurs doivent demander pardon pour le mal qu’ils ont fait à notre pays et à notre peuple, en introduisant et en y entretenant un discours de haine qui a conduit à la guerre et qui continue de diviser les fils de notre nation qui pourtant vivaient en harmonie. Il suffit de faire un tour sur Internet pour voir le niveau de haine structuré autour des discours identitaires et ultranationaliste qui oppose aujourd’hui les ivoiriens, et ces messieurs que vous citez là y sont pour quelque chose.
Ce serait exagéré de dire que nous leur en voulons à titre personnel, loin de là, c’est leur discours que nous combattons et non leur personne.

Votre commentaire sur le débat sur la question de l’alternance en 2020 … Et si Ouattara se présentait à nouveau…

OF : Chacun est libre d’avoir ses ambitions, mais une fois que vous affichez vos ambitions il faut accepter les règles du jeu démocratique qui sont que vos adversaires et concurrents ont le droit de dires vos défauts et tares au peuple. Si tu as tué des gens , que tu as mis certains dans des conteneurs pour les faire tuer, si tu as mis le Nord d’un pays en pâture et que tu l’as pillé, il faudra souffrir que tes adversaires le disent au peuple pour qu’il sache ta vraie nature ; c’est ainsi qu’ils pourront faire un choix lucide et éclairé, c’est cela la démocratie.. .Si Ouattara se présente nous aviserons, car nous ne voulons pas faire de politique fiction, nous sommes pragmatiques et réalistes.

Que devons-nous retenir de cet entretien ?

OF : L’unité nationale est précieuse, nous devons la préserver par le discours de paix et d’unité. La Côte d’ivoire est un grand pays, il mérite mieux . c’est pourquoi nous alertons pour ne pas la voir tomber entre les mains de personnes sans visions. Ce pays est le nôtre, nous en sommes jaloux et faisons tout pour le voir rayonner ; c’est cela le sens de notre engagement

Interview réalisée par Donatien Kautcha, Abidjan

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